[CW mention de viol]

Il y a quelques années, j’étais beaucoup plus farouche que présentement et j’étais toujours prête à sauter dans un débat, à lire tous les commentaires sous un article et répondre à chaque individu personnellement pour leur expliquer en quoi, selon moi, iels avaient tort. Malheureusement, plus je m’informais sur différentes oppressions, plus le nombre de débat s’est accru et plus je suis devenue intolérante, ma patience s’amenuisant à chaque nouveau mur auquel je me frappais. Devant toute l’étendue de la cruauté humaine, je me suis finalement avouée vaincue et j’ai progressivement cessé de commenter, choisissant mes batailles avec de plus en plus de soin. Toutefois, je n’ai jamais cessé de lire les sections commentaires, et je ne saurais trop dire si c’est par sadisme, par fol espoir d’y déceler un peu de compassion ou simplement pour continuer de confronter mes idées dans le but de ne pas tomber dans une certaine complaisance, compte tenu du fait que je me suis bâtis un entourage relativement sécuritaire (du moins sur les réseaux sociaux). Cette manie m’a donc amené bien des fois aux crises de larmes, mais elle m’a également permis d’observer en silence, parfois écrivant quelque chose pour ensuite l’effacer, préférant l’analyse à la participation directe (mais octroyant tout de même mon support aux courageuxses sous la forme de likes). Et chaque fois, ce que j’y ai vu, c’est beaucoup d’incompréhension. Peu importe l’oppression en question, la plupart des gens parlent sans connaître, émettant des opinions parfois prémâchées par certains médias.

Récemment, j’ai commencé à m’intéresser plus précisément aux cas de dénonciations d’agressions sexuelles. Dans les cas où l’agresseur présumé est un homme connu, on peut observer les gens se décomplexer dans leurs commentaire sexistes, faisant le procès à la victime plutôt que lui offrant le soutient dont elle a probablement besoin, laissant le soin de trier le vrai du faux aux professionnels (juges et membres de la sécurité publique), aussi peu efficaces peuvent-ils parfois être. Plusieurs phénomènes expliquent ce comportement, par exemple le victim-blaming, qui encourage une mise à nue scrupuleuse de la victime sur la sphère publique pour y déceler toute trace de comportements qui pourraient mettre en doute sa crédibilité -même si la corrélation est très faible ou carrément inexistante. Si elle ne correspond pas à leurs préjugés souvent arbitraires considérant la victime parfaite, ces personnes se sentent alors plus justifiées à dénier les allégations en bloc. (Lire sur le sujet l’article de Claudine Simon : La victime parfaite ) De plus, même si la victime est crue, il y aurai des gens pour déclarer que ce qui lui est arrivé était partiellement ou totalement de sa faute. Ce réflexe pourraient en fait provenir de la peur de ne plus être en sécurité soi-même -expliquant donc le besoin de trouver l’erreur de la victime, ce qui la sépare de nous. (Aussi lire cet article sur le victim-blaming du blog Dans mon tiroir)

 

Identifier le consentement

Toutefois, ce que je remarque souvent, et à mon grand désarroi, c’est le mystère qui semble entourer le consentement. Ces personnes qui veulent bien croire la victime, mais qui se demandent tout de même comment faire, lorsque par exemple un.e partenaire ne refuse pas explicitement, pour savoir si elles sont dans l’erreur ou non. Je vois souvent revenir la blague du contrat sur le consentement avant de s’engager dans une relation sexuelle et je ne peux que constater le manque de connaissance de la population en générale sur ce qu’est le consentement, rendant encore plus flagrant ce besoin ardent pour une éducation sexuelle plus inclusive, détaillée et complète dans les écoles. J’ai donc décidé d’offrir quelques pistes pour aider ces personnes qui ont du mal à saisir le concept plutôt abstrait d’une relation sexuelle mutuellement désirée.

  1. Le consentement est constitué d’un accord explicite entre chaque personne participant à une certaine action. Il faut donc s’assurer que chaque personne aie envie et exprime cette envie de façon claire et éclairée. Puisque plusieurs facteurs peuvent pousser une personne à être inconfortable à dire non (j’y reviendrai plus tard), dans tous les cas il faut s’habituer à identifier les signaux négatifs et surtout s’assurer que notre propre envie ne brouille pas notre jugement, surtout si nous somme avec un.e partenaire pour la première fois et que donc nous ne connaissons pas encore ses désirs et ses limites. J’insiste beaucoup sur le mot explicite, puisqu’une simple impression ne suffit pas. Il est évidemment plus sécuritaire de ne rien faire lorsque la personne ne semble pas enjouée à participer plutôt que de prendre le risque de peut-être commettre une agression. De plus, si une personne dit non ou émet une réticence, il est important de ne pas lui mettre de pression pour la faire changer d’envie, tout comme il est important de ne recommencer à s’essayer quelques minutes plus tard.  Par exemple, cette année lorsque j’ai finalement déclaré à un ancien partenaire qu’il m’avait violé en insistant à plusieurs reprises après que j’aie dit non jusqu’à ce que j’abandonne et le laisse faire (donc je n’étais clairement pas participative), il m’a répondu que je n’avais pas été suffisamment claire dans mon refus.  Sa réponse s’inscrit dans le comportement typique du victim-blaming. Comment peut-il se reprocher quoi que ce soit, puisque je ne suis pas partie en courant après lui avoir dit non en lui crachant dessus? Bien sûr, je caricature, mais pas tant que ça, puisque je me souviens très bien avoir répété mon refus (un non, dans tous les cas, c’est assez explicite) et même d’avoir inventé un mal d’estomac pour m’assurer qu’il comprenne. C’est du victim-blaming, puisqu’en me répondant ainsi il met tout le poids sur mes épaules de m’assurer que je ne me fasse pas violer. Pourtant, ce n’est pas vrai. C’est important de ne pas violer, point. Et non de ne pas se faire violer, car on est en contrôle de soi-même et non du comportement des autres. Personne, je dis bien personne, ne décide de se faire violer, c’est toujours quelque chose qui arrive contre notre gré, quoi que l’on fasse. Même si je n’avais pas dit non explicitement, ça aurait tout de même été un viol, puisque je n’en avais pas envie et qu’il insistait, visiblement jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait. Le vieil adage  »qui ne dit mot consent » ne s’applique pas aux relations sexuelles et cela est vrai également d’un point de vue légal.
  2. Le consentement se doit d’être voulu. Dans le cas du viol que j’ai subi mentionné plus haut, lorsque j’ai finalement abdiqué je n’ai tout de même pas consenti. Déjà que je ressentais de la pression à satisfaire mon partenaire malgré mes propres envies, et donc que je ne me sentais pas dans mon droit lorsque j’ai dit non, ses essais incessants m’ont mis mal à l’aise au point où j’en ai conclu que je n’avais pas le choix de le laisser faire si je voulais qu’il cesse, si je voulais finalement pouvoir dormir en paix. Donc une personne ne doit pas seulement s’assurer que saon partenaire dise oui, mais elle doit également s’assurer qu’iel dise oui de son plein gré. Il est relativement aisé de créer un environnement sécuritaire où notre partenaire se sent à l’aise de parler de ses besoins et d’invoquer ses limites. Il suffit d’être à l’écoute et d’agir en conséquence. Ainsi, si on ressens de la réticence (souvenez-vous d’être alerte face au langage non-verbal!), il faut demander à la personne si elle veut vraiment continuer, et s’en assurer en la rassurant! On peut donc lui rappeler que ce n’est pas grave si iel ne veut pas, et cesser d’essayer d’avoir des rapports sexuels, sans toutefois modifier notre comportement (parce que de devenir soudainement distant.e et apathique est une forme de manipulation) ni se réessayer à peine quelques minutes plus tard. Il faut se souvenir que notre partenaire est un être humain avec sa propre personnalité et non un objet sexuel destiné à satisfaire nos désirs et qu’il faut agir avec compassion envers iel. Il faut donc s’assurer de créer un environnement où le oui que l’on reçoit est un oui honnête, déclaré de plein gré par une personne en position de confiance.
  3. Le consentement se doit d’être continu. En effet, comme on peut le constater avec le cas d’Alice dont on parle récemment dans les médias québécois, beaucoup de gens n’arrivent pas à saisir ce point. Si elle a dit oui et qu’elle voulait, alors comment se fait-il que ce soit un viol? On en revient à la blague sur le contrat en début de relation. Le consentement n’est pas un accord irrévocable qui, une fois prononcé, ne peut être altéré ni retiré. Au contraire, le consentement ressemble plus à une émotion. C’est l’action de désirer quelqu’un et de désirer un rapport avec cette personne. Si, en cours de route, cette personne s’avère ne pas respecter nos limites par exemple en devenant violente ou dégradante et que nous n’éprouvons plus de plaisir dans la relation, alors rien ne nous oblige à continuer et nous avons bien-sûr le droit de cesser le rapport sur le champ. Si la personne transgresse les limites de saon partenaire, ou si la personne continue l’acte sexuel quand bien même on lui dit de cesser, c’est un viol. Une relation se doit d’être basée sur le respect en continu, qu’elle soit sexuelle ou d’une autre nature. Vous ne vous étonnez pas que quelqu’un se sépare d’un.e partenaire de vie si cellui-ci lui manquait de respect, alors pourquoi s’étonner qu’une personne veuille cesser d’avoir une relation intime avec une personne violente? En bref, si votre partenaire vous a dit oui mais en cours de route vous demande d’arrêter, vous avez l’obligation de le faire.

 

Les facteurs aggravants

Bien, maintenant que nous savons ce qu’est le consentement, il faut s’assurer de comprendre les différentes dynamiques de pouvoir qui régissent notre société et qui empêchent un consentement éclairé. Par exemple, la plupart des gens sont radicalement contre la pédophilie puisqu’iel saisissent le caractère dominant-dominé d’une telle relation. Une personne adulte ne peut donc en aucune instance avoir une relation sexuelle avec une personne enfant sans que ce ne soit un viol en raison de son rapport d’autorité sur la victime. Il y a toutefois d’autres rapports de domination qui ne sont pas souvent pris en compte et qui pourtant font une énorme différence. J’ai mentionné plus haut, par rapport à mon viol, le malaise que je ressentais avec ma capacité à refuser des avances sexuelles de la part d’un homme. C’est un sentiment relativement courant, puisque nous vivons dans une société patriarcale où l’homme a un rapport de domination sur la femme et les personnes de d’autres genres. Ce système de subordination, vieux de milliers d’années, influence notre façon de penser et d’interagir avec autrui. C’est dans ce contexte que prend forme la culture du viol, dans lequel existe le victim-blaming ainsi que le slut-shaming. Notre société diminue donc systématiquement les femmes en les réduisant à  des individus secondaires, voir même à des objets de consommation. Dans beaucoup de ports de notre culture (films, livres, musique, séries télévisées, etc.) les relations représentées sont donc presque toujours à l’avantage des hommes et les femmes n’y existent que très rarement en tant que personnes. On y romantise les agressions et le non-respect des femmes en passant par la dégradation jusqu’au harcèlement. Cette culture crée un environnement où la plupart des hommes pensent que la coercition est justifiable, et où les personnes de d’autres genres pensent que c’est ce qu’iels méritent. Cette culture crée un environnement où les personnes non-hommes ne se croient pas en droit de dire non, laissant toute la place à la possibilité de viols. C’est une culture néfaste où au moins la moitié de la population vit dans une peur constante, profondément intériorisée au point où beaucoup la considère comme étant normale et correcte.

Ce rapport de domination explique pourquoi les relations sexuelles où la personne non-homme est en état d’ébriété ou sous l’influence de drogue sont bien souvent des viols. Il y a plusieurs facteurs qui entrent en compte, comme le niveau d’intoxication et la relation déjà établie entre les personnes. Dans tous les cas, on peut s’assurer du consentement en posant souvent des questions pour savoir comment se sent notre partenaire. Sinon, il y a cette culture de prédation entourant les bars et tous lieux/événements où l’on peut consommer des boissons alcoolisées. D’abord, les  »ladie’s nights », qui ne sont pas aussi géniales pour nous que ce que beaucoup d’hommes semblent croire. Ces soirées utilisent les femmes pour attirer plus d’hommes, puisque ce sont eux qui consomment plus en général, ce qui amène plus de profits pour l’établissement. Les hommes sont donc attirés par le nombre de femmes au jugement altéré par l’alcool avec qui il sera alors peut-être plus facile d’avoir une relation sexuelle. C’est justement l’idée populaire que de saouler une femme la rendra plus facile qui s’inscrit dans la culture du viol. Plutôt que de faire l’effort de plaire et d’établir une relation de confiance propice aux rapprochement, il est considéré plus simple, voir plus efficace de fragiliser la victime. Certain vont même plus loin en mélangeant discrètement l’alcool à du GHB pour s’assurer d’avoir le contrôle sur leur proie. Ces soirées créent donc des environnement dangereux pour les femmes, où leur bien-être devient secondaire au plaisir des hommes.

On en vient donc à parler du sentiment de droits que certains hommes ont sur les personnes non-hommes, appelé dans le langage militant  »entitlement ». Dans les établissements servant de l’alcool, ce phénomène prend la forme de l’attente à recevoir une récompense en échange d’une certaine action, soit ici de recevoir du sexe contre des breuvages offerts gratuitement. Cette pensée est tellement répandue que si la personne ne répond pas aux attentes il est souvent considéré justifiable de la dégrader, soit en l’insultant, soit en prenant contrôle de son corps, c’est-à-dire en la violant. Il n’y a pas qu’au bar où sévit cette mentalité; elle est très bien enracinée dans les relations qu’entretiennent les hommes envers les personnes non-hommes. On peut l’observer souvent par rapport aux rendez-vous ( »dates »), où l’homme qui paiera le souper s’attendra à une compensation quelconque, qu’elle soit sexuelle ou relationnelle. Cet  »entitlement » s’exprime également à plus petite échelle, par exemple lorsqu’un homme ouvre la porte à une femme et se permet ensuite de l’insulter si elle ne l’a pas remercié d’un mot ou d’un sourire.

Tous ces comportements font partie intégrante de la culture du viol, ils la nourrissent et la justifient, c’est pour cette raison qu’il est primordial pour la combattre de créer une culture du consentement. Si nous sommes en position d’autorité il faut absolument comprendre nos privilèges et les déconstruire dans l’optique d’offrir une meilleure sécurité aux personnes opprimées. Sinon, il faut garder en mémoire que le consentement est impératif à toute action impliquant plus d’une personne et que notre but premier lors d’une relation intime se doit d’être de s’assurer que notre partenaire veut et peut consentir.

N’oubliez pas que si vous devez insister, débattre ou mettre tout autre forme de pression sur votre partenaire pour avoir une relation sexuelle, vous êtes sur le point de commettre un viol. Une relation sexuelle est un échange, une forme d’affection réciproque spontanée, et non une récompense après avoir convaincu quelqu’un à l’aide d’arguments ou de cadeaux. Il ne faut pas s’assurer qu’une personne ne disent pas non, mais plutôt qu’elle dise oui de façon consciente, consentante et continue.

 

 

 

 

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