Je suis en dépression.

Il y a cinq ans exactement, j’étais également en dépression et j’ai tenté à trois reprise de mettre fin à mes jours. À la dernière, je me suis promis que j’irai au Mexique, promesse que je n’ai pas encore tenue. Cependant, sans le savoir, j’avais planté une graine d’espoir, une germe de rêve.

Elle a grandit au fil des années pour devenir le plan d’une aventure grandiose, une aventure qui m’appelle depuis. Je veux faire le tour du monde. J’ai appris que la plus belle valeur de la vie est la découverte, l’expérience, l’apprentissage. Que sortir de sa zone de confort est la chose la plus difficile et la plus belle qu’il soit possible de réaliser.

Alors je préparais sans relâche à mon plan, à ce voyage qui je sais allais me transformer. J’ai passé des heures et des heures à penser, à chercher. J’ai appris l’existence de nombreux organismes et ressources qui me permettrait de réaliser ce but. J’étais toujours à l’affût, prête à bondir et m’envoler!

Et puis, enfin, en 2015, voilà que mon rêve se profilait à l’horizon. Je suis allée planter des arbres, en me promettant d’aller jusqu’au bout, coûte que coûte. Non seulement ai-je tenu ma parole, mais j’ai prolongé ma saison jusqu’à la fin août. J’aurais enfin pu y aller, partir, j’étais prête. J’avais l’argent et le bagage nécessaire.

Mais voilà, j’ai été avare. J’ai voulu plus. J’ai voulu vivre le reste de mon été. J’ai voyagé un peu au Québec et en Ontario. Soudainement, je n’avais plus d’argent, car tous mes plans ont échoués. Cueillir des pommes n’a pas fonctionné, puisque les fruits n’étaient pas suffisamment mûrs, le propriétaire du verger nous a donc demandé d’attendre, ce que je ne pouvais me permettre, et cueillir des tomates cerises ne fut pas rentable. Les expériences ont été belles et colorées, mais elles m’ont empêchées de partir pour l’Australie comme je l’avais planifié.

Je suis donc allée m’installer à Toronto pour faire un peu d’argent. L’opportunité d’enseigner le français était beaucoup trop belle! Et tellement payante. Comme je venais de déménager je n’avais pas d’argent alors j’ai emprunté d’un.e ami.e, me disant que mon emploi était tellement bon que je pourrai rembourser le montant en moins d’un mois! Le problème, c’est que la compagnie était vraiment mal intentionnée et a tenté de m’utiliser. Au bout du compte, même si j’adorais enseigner, je ne pouvais continuer. J’étais angoissée chaque jour au point d’en devenir malade.

J’ai donc finalement démissionné. Second échec. J’avais mis tellement d’espoirs dans cet emploi! De le voir finalement non seulement pas rentable, mais de m’être fait abusé comme ça m’as fait tomber dans le gouffre. Burn out. Au début, je n’y pensais pas. Je ne pensais à rien. Je me disais que c’était temporaire, puis j’évitais de le mentionner. J’allais me trouver un autre emploi et passer à autre chose, comme j’ai toujours fait. Passé à autre chose.

Mais je suis rapidement tombée. Le Néant m’habitait peu à peu, prenait possession de moi. Bientôt, je dormais toute la journée. Je ne sortais plus de mon lit, ou à peine. Je ne mangeais plus. Je n’avais plus d’argent, je n’avais plus d’énergie. J’étais paralysée, avec le goût de rien. Je n’ai même pas chercher un autre emploi. J’en était incapable. J’étais épuisée de la vie, de mes espoirs brisés. Je n’arrivais plus à lire, ni même à écrire. Je n’arrivais plus à débattre, ni même à rêver. Je n’étais qu’une ombre. J’avais envie de mourir. Mais je suis incapable de mourir. Je suis incapable de mettre fin à mes jours. Comme si j’en attendait toujours plus de la vie. Comme si j’étais trop curieuse pour en finir là. Ou peut-être suis-je simplement incapable de réaliser quoi que ce soit, incluant ma propre mort.

Puis, l’espoir est revenu. Je me suis dit que la prochaine saison de tree planting me réveillerait à nouveau et me permettrait de payer mes dettes, de recommencer à zéro. Rêver était encore permis. Encore possible. Mais j’y ai enfermé beaucoup trop d’attentes, au point de me consumer le moral. Je faisais des crises de panique de plus en plus intenses chaque matin en me rendant à mon terrain. Un jour, j’ai dû partir. Le vide m’enivrait, me donnait le vertige, j’étais confuse, perdue et inefficace. Je n’arrivais plus à fonctionner. Je suis donc revenue à la case départ. Au début, je me sentais faible et lâche. Un autre échec. Mais la décision de partir était finalement un pas vers mon rétablissement. J’agrippais les rênes pour finalement prendre le contrôle.

Peu à peu, je me relève. Je chancelle, je suis faible, je tremble et je pleurs, mais je me relève. Je suis une combattante. J’ai traversé tellement d’orages dans ma vie, je ne peux pas m’arrêter, pas maintenant. Je ne suis pas forte, mais je suis courageuse. La vie est trop captivante pour l’abandonner et se donner au Néant.
La plus difficile et belle chose que l’on puisse réaliser est de sortir de sa zone de confort…

Oui, je suis en dépression. Je ne suis pas la seule. Ce fléau attaque les gens aux rêves trop grand. Je suis désolée. Désolée pour mes sautes d’humeur. Je suis désolée d’avoir douté de moi. Ma vie n’est pas finie. Je n’ai pas réalisé mon rêve, mais ma vie continue. J’ai décidé de me donner 5 ans. Cinq années où je vais retourner aux études et planter des arbres parce que je n’abandonne pas, et mettre de l’argent de côté. Cinq année à guérir, cicatriser et prendre soin de moi. Cinq années où je vais vivre. Vivre et grandir.

Je suis en dépression, mais je vis encore tant que je rêve encore.

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